Saint-Venant · 1871
∂h/∂t + ∇·(h·u) = 0
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Diptyque Cinétique Saint-Venant
Manifeste

En 1871, Adhémar Jean Claude Barré de Saint-Venant publie les équations qui portent désormais son nom : un système hyperbolique décrivant l'écoulement des eaux peu profondes sous l'effet de la gravité. Hauteur, quantité de mouvement, flux — trois grandeurs conservées qui suffisent à engendrer la totalité du comportement ondulatoire observable dans un bassin, un estuaire, ou ici, sur cet écran.

Ce manifeste pose une hypothèse : la physique n'est pas un outil de simulation. C'est un médium de création. Les équations de Saint-Venant ne décrivent pas l'eau — elles la deviennent.

Les équations du mouvement des liquides sont, dans leur généralité, au-dessus de toutes les méthodes d'intégration connues. Mais il est une classe de problèmes où l'on peut les simplifier considérablement. A. J. C. Barré de Saint-Venant, 1871

Cette simplification — intégrer verticalement les équations de Navier-Stokes en supposant la pression hydrostatique — est un acte de design autant que de physique. En réduisant la dimension, Saint-Venant ne perd pas l'essentiel : il le révèle. Les ondes longues, les ressauts, les vagues de crue — tout émerge de cette réduction disciplinée.

Le designer opère de même. Réduire pour révéler. Contraindre pour libérer. Chaque choix typographique, chaque ratio de colonne est une intégration verticale du chaos visuel vers la clarté.

La simulation qui pulse à gauche de ce texte résout en temps réel les équations de Saint-Venant sur une grille GPU. Voici ses paramètres constitutifs :

SWE 2D Lax-Friedrichs 256 × 256 RGBA32F FBO Ping-Pong WebGL2 g = 9.81 dx = 1/256 dt = 0.0006 CFL < 1

Chaque pixel encode trois grandeurs physiques dans les canaux rouge, vert et bleu d'une texture flottante : la hauteur de la surface libre h, le débit unitaire hu dans la direction x, et le débit hv dans la direction y. Le canal alpha reste disponible pour de futures extensions — viscosité, bathymétrie, friction de Manning.

Utiliser la physique comme méthode de design, c'est accepter que la forme émerge du processus plutôt que du dessin. Le designer ne trace pas la vague — il définit les conditions initiales, les frontières, la gravité. La forme se calcule elle-même.

Cette approche est fondamentalement différente de l'illustration. L'illustrateur représente l'eau. Le physicien-designer la fait exister. La différence est ontologique, pas esthétique.

Les schémas numériques comme Lax-Friedrichs introduisent une diffusion artificielle qui stabilise le calcul. Cette dissipation contrôlée est l'équivalent computationnel de la retenue typographique — un blanc tournant qui empêche le chaos sans tuer l'énergie.

Le ratio de Courant-Friedrichs-Lewy impose une contrainte temporelle : le pas de temps ne peut excéder le temps de traversée d'une cellule par l'onde la plus rapide. En design, cela s'appelle le rythme. Trop vite, la page explose. Trop lent, elle s'endort.

L'eau calcule.
Vous décidez.

Les équations sont invariantes. Les conditions initiales sont votre signature. Le bassin est votre toile. Le temps fait le reste. Ce manifeste n'est pas une démonstration technologique — c'est une déclaration de méthode.